Quand tu passes freelance, la première vraie décision n’est pas « quel outil pour facturer ? » mais : combien vaut ta journée. Beaucoup de consultants informatiques freelances fixent leur TJM en copiant un collègue ou une grille ESN… puis le regrettent pendant des années. L’objectif ici : te donner une méthode simple pour définir un TJM cohérent avec ton niveau, ton marché et ton statut, sans te tirer une balle dans le pied.
Comprendre ce que recouvre vraiment ton TJM
Le TJM (taux journalier moyen) est le prix facturé au client pour une journée de travail. C’est le chiffre qui apparaît sur le devis et sur la facture. Ce n’est pas ton salaire.
Entre le TJM et l’argent qui arrive sur ton compte, il faut enlever :
- les cotisations sociales et impôts ;
- les frais fixes (assurance, matériel, logiciels, coworking, déplacements) ;
- éventuellement la marge d’un intermédiaire (ESN, plateforme, société de portage).
Comparer ton TJM à un salaire brut d’ingénieur salarié n’a donc aucun sens. Un freelance facture moins de jours dans l’année et prend à sa charge le risque d’intercontrat. La seule comparaison valable : revenu net annuel vs salaire net annuel, à périmètre de travail réaliste.
Les 4 paramètres qui doivent guider ton TJM
Plutôt que chercher « le bon chiffre » sur un forum, pars de ta situation. Quatre paramètres doivent cadrer ton TJM.
1. Ton expérience et la rareté de ton expertise
Un consultant informatique junior, qui découvre encore les contextes projets, ne peut pas viser les mêmes tarifs qu’un profil senior autonome, capable de prendre un lot complet ou d’auditer une architecture.
Au-delà du nombre d’années, ce qui compte :
- ta capacité à livrer seul (sans supervision forte) ;
- la rareté de ta spécialisation :
ERP, cybersécurité, cloud, data, performance applicative, etc. se vendent plus cher qu’un profil généraliste interchangeable.
2. Le type de mission et de client
Une mission de régie longue chez un client final ou en ESN n’a pas le même profil de risque qu’une mission courte d’expertise de quelques jours.
En simplifiant :
- plus la mission est courte, critique, pointue → plus le TJM peut monter ;
- plus elle est longue, stable, « staff augmentation » → le marché attend un TJM un peu plus bas.
Côté client, la logique est la même :
- petite structure avec budget serré ≠ grand compte habitué à payer du conseil ;
- mission en sous-traitance via ESN ≠ contrat direct.
3. Localisation et mode de travail
Travailler à Paris ou Lyon n’implique pas les mêmes coûts de vie qu’une ville moyenne.
Un full remote stabilise tes frais de déplacement et ouvre parfois des marchés plus rémunérateurs.
Un présentiel contraint (3 jours par semaine sur site) consomme du temps et de l’énergie : ton TJM doit l’intégrer.
4. Ton rapport au risque et à la sécurité
Un consultant qui accepte facilement des creux d’activité, qui a de la trésorerie et peu de charges personnelles peut jouer un peu plus avec ses tarifs.
À l’inverse, si tu as :
- un crédit immobilier,
- des personnes à charge,
- une forte aversion au risque,
tu ne peux pas bâtir un TJM en supposant 220 jours facturés par an. Il faut être prudent sur le nombre de jours facturables et lucide sur ton filet de sécurité.
Méthode simple pour calculer ton TJM
Tu n’as pas besoin d’un tableur complexe pour cadrer ton prix. Voici une méthode en quatre étapes.
Étape 1 : définir un revenu net annuel cible
Commence par toi, pas par le marché.
- Quel revenu net annuel te semble acceptable, compte tenu de ton expérience et de tes contraintes ?
- Ce chiffre doit être réaliste : légèrement au-dessus de ton net actuel si tu débutes en freelance, plus ambitieux si tu es déjà très demandé.
Ce n’est pas un objectif de rêve, c’est un point d’équilibre.
Étape 2 : estimer ton nombre de jours facturables
Tu ne factureras pas tous les jours travaillés :
- congés ;
- jours de prospection ;
- jours de formation ;
- journées partiellement non facturées (réunions commerciales, événements, appels d’offre).
En pratique, beaucoup de freelances tournent bien en-dessous d’un temps plein salarié. Ne surestime pas. Mieux vaut prévoir un peu large et être agréablement surpris.
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Étape 3 : intégrer les charges selon ton statut
Ton statut a un impact direct sur ce qui te reste une fois les factures encaissées.
- Micro-entreprise : charges simplifiées, fonctionnement très accessible au démarrage, mais plafond de chiffre d’affaires et couverture sociale limitée.
- Société (EURL, SASU, etc.) : plus de latitude sur ta rémunération, meilleure image pour certains clients, mais gestion plus lourde, comptabilité obligatoire.
- Portage salarial : tu factures des TJM de freelance, mais une société de portage gère contrat, paie et cotisations. Tu payes des frais de gestion en échange d’une protection sociale proche du salariat et d’une administration largement déléguée.
Pour un consultant IT déjà expérimenté, le portage salarial permet de facturer des TJM de freelance tout en conservant une protection sociale rassurante : c’est une option intermédiaire intéressante pour tester le marché ou lisser le risque.
Étape 4 : déduire un TJM plancher et un TJM cible
Une fois que tu as :
- ton revenu net cible,
- ton nombre de jours facturables réalistes,
- une idée des charges selon ton statut,
tu peux en déduire :
- un TJM plancher : en dessous, tu sais que l’équation ne tient pas dans la durée ;
- un TJM cible : cohérent avec le marché pour ton profil et ton positionnement.
Le plancher te sert à dire non aux propositions absurdes. Le TJM cible te sert de référence de négociation.
Ajuster ton TJM sans casser la relation client
Fixer un bon TJM n’est pas un tir unique : tu vas devoir l’ajuster.
Quand et comment augmenter ton TJM
Monter ton TJM sans braquer ton client passe mieux quand :
- tu relies la hausse à un jalon visible : fin de mission, élargissement de périmètre, prise de responsabilités supplémentaires ;
- tu expliques la logique : montée en compétences, marché tendu sur ton expertise, qualité des résultats obtenus.
Une augmentation nette mais argumentée une fois par an est plus saine qu’une légère hausse tous les deux mois.
Adapter ton TJM au type d’interlocuteur
Un intermédiaire (ESN, place de marché) doit prendre une marge. C’est son rôle. Mais ta valeur ne disparaît pas pour autant.
- Si tu passes par une ESN, pars de ton TJM cible et laisse-la organiser sa marge.
- Avec un client final en direct, ne « récompense » pas cette relation en te bradant. La valeur de ton travail ne dépend pas de la structure juridique en face.
Savoir dire non
Un TJM trop bas peut rassurer sur le moment, mais :
- il rend difficile toute progression future ;
- il t’oblige à multiplier les jours facturés pour survivre ;
- il abîme la perception de ta valeur sur le marché.
Dire non à une mission en-dessous de ton plancher est parfois la meilleure décision financière que tu puisses prendre.
Fixer ton TJM de consultant informatique freelance n’est pas un exercice d’ego, ni un copier-coller de ce que font les autres. C’est un choix de positionnement : vis-à-vis du marché, mais surtout vis-à-vis de toi-même, de tes objectifs et de ta capacité à durer dans le temps.

Né en 1988, j’anime viedesmetiers.com et travaille dans les RH. Passionné par la communication, j’aide les lecteurs à mieux comprendre les carrières et opportunités d’emploi. En fournissant des informations actualisées et des conseils pertinents, mon objectif est d’inspirer et d’aider les individus à s’épanouir professionnellement. Mon travail vise à guider les lecteurs vers des choix de carrière éclairés.




